En bord de mer, trois choix tiennent : le pin sylvestre autoclavé en entrée de gamme, le robinier pour du bois français durable sans traitement, l’ipé ou le cumaru si le budget suit. Nous avons par exemple livré un platelage en cumaru rouge posé par notre atelier. Aucun ne tiendra si la visserie n’est pas en inox A4 et si le dessous du platelage ne respire pas.
Une terrasse posée face à l’océan relève de la classe d’emploi 4 au sens de la NF EN 335, pas de la classe 5. Le sel ne pourrit pas le bois : il attaque le métal et maintient les lames plus humides.
Vous cherchez un bois capable d’encaisser les embruns et vous tombez sur des adjectifs : « imputrescible », « résistant au sel », « conditions extrêmes ». Deux pages bien classées vous envoient même vers la classe 5, qui désigne l’immersion.
La question de la visserie se pose à l’identique sous une lame composite, où le métal reste le seul point sensible. Nous avons traité le composite en bord de Bassin sur notre page locale.
Le sel attaque-t-il vraiment le bois ?
Le sel agit d’abord comme un régulateur d’humidité, et des travaux scientifiques le mesurent. L’étude publiée dans la revue Forests en 2020 par Stadlmann et ses coauteurs a soumis des éprouvettes à un brouillard salin à 5 % en masse de NaCl. L’humidité d’équilibre du bouleau y passe de 10,35 % à 11,81 %, celle du chêne de 11,36 % à 11,97 %.
Une lame salée reste donc environ 0,6 à 1,5 point d’humidité au-dessus d’une lame non salée. L’étude parue dans BioResources en 2019, signée García-Iruela et ses coauteurs, a analysé du pin sylvestre resté 300 ans au contact direct du sel : taux de cendres de 8,4 % contre 0,2 % dans du bois neuf.
Ce bois a tenu trois siècles, et aucune source consultée n’établit que le chlorure de sodium dégrade biologiquement le bois. Le risque est indirect et il porte un seuil : le FCBA situe le déclenchement du risque fongique au-delà de 20 % d’humidité du bois. L’ennemi n’est donc pas le sel, c’est l’eau qui ne part pas et le métal qui la reçoit tous les jours.
Classe 4 ou classe 5 : que dit la norme ?
La classe d’emploi de la NF EN 335 décrit une situation d’exposition, pas une qualité de bois. Le document FCBA / CTB-B+ « Bien comprendre les classes d’emploi » définit la classe 4 comme un usage « extérieur en contact avec le sol ou support à humidification récurrente », et il y nomme explicitement les platelages et caillebotis.
La classe 5, dans ce même corpus normatif, vise les bois « immergés en eau de mer », en présence de térébrants marins. Le guide Batylab de la filière bois y ajoute l’eau saumâtre et les crustacés xylophages. Une terrasse posée hors d’eau, même en front de mer, n’est pas immergée : elle relève de la classe 4.
La proximité de l’océan ne change pas la classe requise, car aucune catégorie « atmosphère saline » ou « embruns » n’existe dans la NF EN 335. Le NF DTU 51.4 P1-1 de décembre 2018, tableau 3, exige la classe 4 en conception courante pour tout climat autre que sec, ce qui est le cas de la façade atlantique.
Le piège de vocabulaire. Le FCBA écrit qu’« un « bois traité classe 4 » est un abus de langage » : la formule exacte est « bois traité pour une aptitude à l’usage en classe d’emploi 4 ». Sur un devis, cette nuance dit si votre interlocuteur lit les normes ou les recopie.
Quelle essence tient le mieux face aux embruns ?
La NF EN 350 classe la durabilité naturelle du duramen face aux champignons, de 1 à 5, et ne donne aucune durée de vie en années : la correspondance « classe 1 égale plus de 25 ans » circule partout sans figurer dans un document AFNOR, FCBA ou CSTB. Le tableau croise durabilité, densité et la seule question qui décide ici : l’essence couvre-t-elle la classe d’emploi 4 ?
| Essence | Durabilité EN 350 champignons | Densité kg/m3 | Aptitude à la classe d’emploi 4 |
|---|---|---|---|
| Ipé | 1, très durable (fiche TROPIX du CIRAD) | 1040 ± 90 (CIRAD) | classe 5 couverte (CIRAD) |
| Cumaru | 1, très durable (CIRAD/My Tropical Timber) | 1070 | classe 4 couverte (CIRAD) |
| Padouk | 1, très durable (CIRAD/My Tropical Timber) | 790 | classe 4 couverte (CIRAD) |
| Itauba | 1, très durable (CIRAD) | 860 (CIRAD) | classe 4 couverte, et classe 5 selon la note CIRAD |
| Robinier | 1 à 2 (distributeur) ; « très durable à durable » (FCBA/CIRAD) | 720-800 | admis sans traitement en usage enterré, stabilité faible (FCBA/CIRAD) |
| Châtaignier | « durable » (FCBA/CIRAD) | 565-750 | hors contact du sol seulement (FCBA/CIRAD) |
| Douglas | moyennement à faiblement durable (FCBA/CIRAD) | 540 | autoclave nécessaire (FCBA/CIRAD) |
| Mélèze | moyennement à faiblement durable (FCBA/CIRAD) | 600 | non, « les traitements ont peu d’impact » (FCBA/CIRAD) |
| Pin sylvestre autoclavé | durabilité conférée, pas naturelle | 520-560 | classe 4 conférée par l’imprégnation (FCBA/CIRAD) |
| Accoya | 1 (fiche technique fabricant 2025) | 515 moyen | non revendiquée (fiche technique 2025) |
Les mesures de Feist publiées en 1990, reprises par la Canadian Wood Preservation Association, donnent la vitesse d’érosion du bois non protégé : 12 mm par siècle pour le cèdre rouge de l’Ouest, 6 mm pour le douglas, 3 mm pour les feuillus denses. Sell et Feist avaient établi en 1986 que cette vitesse est inversement proportionnelle à la densité. Ordre de grandeur nord-américain.
Ce tableau ne règle pas tout. À la livraison, deux lames exotiques brunes se ressemblent, et le CIRAD identifie une essence sur son anatomie, pas sur sa couleur. Faire contrôler densité et sections réelles avant déchargement est le seul moment où l’erreur se rattrape sans frais.
Sur la presqu’île, cette vérification a lieu au déchargement, sur un chantier où l’écart d’exposition entre la face océan et le bord de Bassin est déjà considérable. Nos poses y sont présentées sur la page terrasse bois à Lège-Cap-Ferret.
Les six essences comparées, valeurs du CIRAD
Les valeurs ci-dessous viennent des fiches Tropix du CIRAD, l’organisme public français de référence sur les bois tropicaux. Chaque fiche porte sa date de mise à jour : une donnée de 2012 qui circule encore n’a pas la même valeur qu’une fiche révisée en 2025.
| Ipé | Cumaru | Padouk | Muiracatiara | Robinier | Pin maritime | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Nom botanique | Handroanthus spp. | Dipteryx spp. | Pterocarpus soyauxii, P. osun | Astronium spp. | Robinia pseudoacacia | Pinus pinaster |
| Origine | Amérique latine | Amérique latine | Afrique | Amérique latine | Am. du Nord, produit en France | Landes |
| Fiche CIRAD | 22/07/2025 | éd. 2023 | 13/05/2024 | 03/07/2024 | 01/08/2025 | 10/01/2025 |
| Densité à 12 % | 1,04 | 1,07 | 0,79 | 0,80 | 0,74 | 0,55 |
| Dureté Monnin | 14,6 | 13,1 | 8,3 | 6,1 | 9,5 | 2,3 |
| Retrait volumique | 0,68 %/% | 0,73 %/% | 0,44 %/% | 0,56 %/% | 0,40 %/% | 0,45 %/% |
| Rapport Rt/Rr | 1,3 | 1,4 | 1,6 | 1,8 | 1,6 | 2,0 |
| Durabilité champignons | 1 | 1 | 1 | 1 | 1-2 | 3 à 4 |
| Termites | Durable | Durable | Durable | Durable | Durable | Sensible |
| Imprégnabilité | 4 | 4 | 2 | 4 | 4 | duramen 4, aubier 1 |
| Classe d’emploi couverte | 4 | 4 | 4 | 4 | 4 | 3.1 |
| CITES | Annexe II | Annexe II | Annexe II | non | non | non |
| Platelage listé par le CIRAD | oui | oui | oui | oui | oui | non |
Trois échelles portent des numéros de 1 à 5, et deux vont en sens inverse. La durabilité naturelle (NF EN 350, octobre 2016) va de 1, très durable, à 5, non durable. La classe d’emploi (NF EN 335, mai 2013) décrit l’exposition de l’ouvrage, de 1, intérieur sec, à 4, contact avec le sol ou l’eau douce, et 5, eau de mer. L’imprégnabilité va de 1, imprégnable, à 4, dit « réfractaire » par l’ATIBT.
On choisit donc une essence dont la durabilité naturelle couvre la classe d’emploi de l’ouvrage. Un vendeur qui écrit « classe de durabilité 4 » pour vanter une essence la déclare, sans le savoir, faiblement durable.
Le NF DTU 51.4 P1-1 range les platelages courants dans une typologie dite « piégeante » au sens du FD P 20-651, et son Tableau 3 les affecte en classe d’emploi 4 sous un climat humide ou modéré. Seule une conception dite élaborée, qui cumule double lambourdage aux aboutements et rainures de libération de contraintes, descend en 3.2.
Ce que la CITES a changé depuis novembre 2024
| Essence | Statut CITES | Depuis |
|---|---|---|
| Ipé (Handroanthus, Tabebuia, Roseodendron spp.) | Annexe II | 25 novembre 2024 |
| Cumaru (Dipteryx spp.) | Annexe II | 25 novembre 2024 |
| Padouk (Pterocarpus spp.), populations d’Afrique | Annexe II | 23 février 2023 |
| Muiracatiara, robinier, pin maritime | non inscrits | — |
L’annexe II n’interdit rien : c’est l’annexe I qui interdit le commerce commercial. L’annexe II soumet le commerce à autorisation — permis d’exportation du pays d’origine, et permis d’importation délivré en France par la DREAL.
La pose n’est pas concernée. La revente en France reste possible, mais à une condition posée par l’article 8§5 du règlement européen 338/97 : pouvoir prouver que le spécimen a été acquis et introduit dans l’Union conformément à la législation. C’est exactement pour cela que la bonne demande à faire à son artisan ou à son négoce est une facture portant le nom scientifique de l’essence et la référence du permis d’importation.
S’y ajoute le règlement européen contre la déforestation, applicable aux grandes et moyennes entreprises à partir du 30 décembre 2026 et aux micro et petites entreprises à partir du 30 juin 2027, avec une date-butoir « zéro déforestation » fixée au 31 décembre 2020.
Pourquoi la visserie est le vrai point faible
La norme ISO 9223:2012 classe la corrosivité des atmosphères de C1 à C5 et chiffre chacune par une vitesse de corrosion du zinc sur un an d’exposition.
| Catégorie ISO 9223 | Corrosivité | Environnement type | Zinc, µm/an |
|---|---|---|---|
| C3 | moyenne | zone urbaine, entre 1 et 30 km de l’océan | 0,7 – 2,1 |
| C4 | élevée | à moins de 1 km de l’océan, hors embruns directs | 2,1 – 4,2 |
| C5 | très élevée | quelques centaines de mètres de l’océan | 4,2 – 8,4 |
Un front de mer relève de C5, une terrasse à moins d’un kilomètre de l’océan de C4, l’arrière-pays jusqu’à une trentaine de kilomètres de C3 : un ordre de grandeur sépare les deux extrémités. Ces vitesses concernent le zinc, pas l’inox : l’ISO 9223 ne publie aucune vitesse de corrosion de l’A2 ni de l’A4, et ses bornes en kilomètres restent des exemples informatifs.
La norme EN ISO 3506 fixe la composition des deux inox austénitiques du bâtiment, et une seule différence compte en atmosphère saline.
| Critère | Inox A2 (304) | Inox A4 (316) |
|---|---|---|
| Molybdène | aucun | 2 à 3 % |
| PREN publié par un fournisseur | 17 | 24 |
| Préconisation fabricants en bord de mer | déconseillé | recommandé |
Le PREN est l’indice de résistance à la corrosion par piqûres. Les valeurs de 17 et 24 viennent d’un fournisseur de fixations nommé, TDI, et non d’un institut ; ce même fournisseur situe le seuil de tenue en milieu marin aux alentours de 30. Ni l’A2 ni l’A4 n’atteignent 30 : l’A4 est le meilleur compromis disponible en visserie de terrasse, pas une immunité. Quatre fabricants nommés convergent, Simpson Strong-Tie, Neowood, Acton et Fix In, ce dernier écrivant que l’A2 « ne convient pas à l’air marin ».
Côté normatif, le NF DTU 51.4 P1-1, article 5.5.6.1, exige l’inox A2 au minimum et l’A4 en ambiance corrosive. Aucun texte réglementaire ne va plus loin, et aucun seuil officiel ne dit à quelle distance de la côte l’A2 redevient acceptable. Le raisonnement vaut pour les équerres, les plots, les sabots et les garde-corps.
Une vis A4 se voit à peine sur un devis et décide pourtant de la durée de l’ouvrage. Décrivez-nous votre projet : nous vous dirons quelle quincaillerie il faut ici.
Ventiler, l’autre condition de survie
Le sel fait gagner environ un point d’humidité d’équilibre à une lame ; une bonne ventilation lui en fait perdre bien davantage. Le levier le plus efficace en bord de mer est donc de mise en œuvre, et il est normatif.
Ce que le NF DTU 51.4 impose vraiment. En conception dite élaborée, article 5.2.3 d, la surface des entrées et sorties d’air doit correspondre au 1/50e de la surface du platelage, et la hauteur de plénum sous la lambourde inférieure doit être supérieure ou égale à 100 mm. La valeur de 1/100e que l’on lit encore vient de l’édition 2010, abrogée. Deux jeux sont par ailleurs constamment confondus : l’article 5.5.5 fixe le jeu en bout de lame, entre deux extrémités, à 4 à 6 mm, réduit à 1 à 5 mm pour une lame de durabilité naturelle classe 1. L’écartement latéral entre lames contiguës relève, lui, du Tableau 8.
Ce Tableau 8 ne donne pas une valeur unique mais une cale de pose fonction de l’humidité mesurée du lot : 7 ou 6 mm entre 12 et 17 % d’humidité, 5 ou 4 mm entre 18 et 22 %, 3 ou 2 mm au-delà de 23 % pour les seuls bois autoclavés. En vie en œuvre, sa note interdit de descendre sous 3 mm et de dépasser 12 mm.
Un écartement ne se choisit donc pas au ressenti, il se déduit d’une mesure : le NF DTU 51.4 demande de contrôler l’humidité des lames selon la norme EN 13183-2, à l’humidimètre à pointes étalonné, avec une dispersion du lot inférieure ou égale à 6 %. L’entraxe d’appui obéit au tableau 7 : pour une lame de 21 à 23 mm en 120 mm de large, 360 mm en C18/D18 et 480 mm en C24/D24.
Ces deux contrôles ne se rattrapent pas. L’humidité se mesure sur le lot livré, avant la pose ; le 1/50e et le plénum se vérifient avant que les lames ne soient vissées, parce qu’une fois le platelage refermé, plus personne ne voit ce qui se passe dessous. Faites contrôler votre projet pendant qu’il est encore ouvert.
Questions fréquentes
Faut-il du bois de classe 5 pour une terrasse en bord de mer ?
Non. Le FCBA réserve la classe 5 de la NF EN 335 aux bois immergés en eau de mer, exposés aux térébrants marins. Une terrasse posée hors d’eau, même face à l’océan, relève de la classe 4. Le tableau FCBA pour la France métropolitaine ne comporte d’ailleurs aucune classe 5.
Quelle visserie choisir pour une terrasse en bord de mer ?
L’inox A4, dit 316. Sa composition normalisée par l’EN ISO 3506 contient 2 à 3 % de molybdène, absent de l’A2. Le NF DTU 51.4, article 5.5.6.1, exige l’A2 au minimum et l’A4 en ambiance corrosive, et quatre fabricants de fixations le recommandent en bord de mer.
L’ipé est-il le meilleur bois pour le littoral ?
Sa fiche TROPIX du CIRAD le classe en durabilité 1 vis-à-vis des champignons, avec une densité de 1040 kg/m3 et une aptitude à la classe d’emploi 5. Les durées de vie de 25 à 30 ans que l’on lit viennent de sources commerciales, pas techniques.
Le pin autoclave classe 4 tient-il face aux embruns ?
Le guide FCBA / CIRAD indique que l’imprégnation par autoclave permet au pin d’être utilisé en contact avec le sol, ce qui répond à l’exigence de classe 4 du NF DTU 51.4. La garantie de 10 ans du traitement, annoncée par les distributeurs, n’est pas une durée de vie de lame.
Le sable abîme-t-il la surface des lames ?
Aucune étude, norme ou donnée fabricant quantifiant l’abrasion d’une lame de terrasse par le sable n’a été trouvée, et les classements d’usure de type AC ou Taber concernent les sols intérieurs. Seule la dureté de surface est mesurée : le CIRAD publie pour l’ipé une dureté Monnin de 14,6.
Le bois thermo-traité convient-il en bord de mer ?
Il est exclu du domaine d’application du NF DTU 51.4. Sa classe de durabilité EN 350 après traitement n’est publiée par aucune source technique. Le document de filière Abibois signale que le traitement thermique diminue les propriétés mécaniques du bois.
Le bon réflexe avant de commander vos lames
Sur la façade atlantique, tout se joue sur l’accord entre une essence compatible classe 4, une visserie A4 et un plénum conforme au 1/50e. Confiez le diagnostic de votre projet à un menuisier qui pose des terrasses en bois sur le littoral et qui vous dira d’où vient chaque chiffre de son devis.
Vous n’êtes pas sur place ? Nous constatons, nous photographions, nous chiffrons, et vous validez à distance. Nos réalisations suivent la même méthode. Demandez votre devis pour votre terrasse en bord de mer.